“Imparfait, Nobody’s Perfect”, exposition du 19 janvier au 11 février 2017

Devenu le temps de cette exposition le laboratoire de l’imparfait, Merci fait découvrir, parmi des savoir-faire piochés aux quatre coins du monde, le Kintsugi, une technique japonaise très ancienne de réparation de céramiques à la poudre d’or. A travers deux interventions conceptuelles sur une assiette de cantine - une version cassée et une version raccommodée - Merci met en lumière à sa façon la beauté de l’imperfection.

Tout commence lors d’un voyage de l’équipe Merci… au Japon. Un thème se révèle lors de son séjour :  celui de la céramique brisée. A Kyoto où un fleuriste utilise des fragments de poteries anciennes pour y créer ses compositions ; à Tokyo, où Daniel Rozensztroch, le directeur artistique, remarque des assiettes en porcelaine traditionnelle de l’île de Kyushu, au sud de l’archipel. Elles étaient cassées et on n’en avait gardé que la partie centrale. En rentrant à Paris, l’idée fait son chemin. Daniel ébauche un projet à deux volets : l’un où l’on casse sciemment une assiette et l’autre où l’on reconstitue le même modèle par le biais de la technique Kintsugi. Ne restait plus qu’à trouver qui pouvait se lancer dans cette aventure un peu folle et de la faire vivre.

La version cassée

En partant de la plus basique de ses assiettes couleur crème, la manufacture Jars, au savoir-faire séculaire, accepte de jouer le jeu, de mener des recherches, d’arrêter sa production le temps de faire des essais… Résultat, des assiettes en trois morceaux dont un en biscuit, avec les bords émaillés. Numérotées, elles sont déclinées dans quatre coloris (kaki, gris clair et gris foncé et bleu marine).

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La version raccommodée

C’est l’occasion ici pour Merci avec Audrey Harris, formée à la technique du Kintsugi par un maître japonais, de montrer comment, dans la culture nippone, la beauté d’une céramique autorise les “accidents”, prend en compte les cassures, le temps qui passe. Réparée selon ce procédé à la poudre d’or, elle conservera visibles les marques de son raccommodage et s’en trouvera même sublimée. Offrir une nouvelle vie plus belle que la première à des céramiques, c’est ce que propose Audrey Harris quand elle assemble les morceaux d’une pièce avec une laque spéciale mélangée à de l’or. Elle aime prendre le temps d’observer l’objet brisé, d’y retrouver son histoire, de préparer la colle et la laque en fonction des fragments… Il ne s’agit pas juste de lui appliquer un métal précieux mais de lui apporter un supplément d’âme et une nouvelle identité en laissant ses cicatrices apparentes, un peu comme un témoignage de ce qu’il a vécu.

Quand Merci lui demande d’intervenir sur une assiette cassée intentionnellement, elle relève avec enthousiasme le défi. D’autant plus que, à la cuisson, les pièces de différentes tailles ne réagissent pas de la même manière et se sont légèrement déformés. L’assemblage parfait paraît donc impossible. Comme le dit joliment Audrey, “ l’objet nous résiste, il ne se prête pas à notre jeu initial”. C’est alors le point de départ pour Audrey d’interpréter le Kintsugi en laissant passer la lumière à travers les brèches trop grandes pour être comblées. Un nouvel objet est né.

“Forget your perfect offering. There is a crack in everything, That’s how light gets in” Leonard Cohen